Cellulite : pourquoi les mannequins n’en ont-elles pas ?

80 % des femmes adultes présentent de la cellulite, mais le chiffre ne franchit jamais les podiums. Cette réalité biologique, omniprésente dans la rue, s’efface comme par magie sous les projecteurs du mannequinat.

Chez les mannequins professionnels, la sélection reste d’une rigueur redoutable : le moindre relief, la plus petite irrégularité de peau fait obstacle à la carrière. Pour celles qui franchissent toutes les étapes, la magie opère vraiment lors des shootings : la retouche numérique intervient à chaque image pour gommer la moindre trace de cellulite. Sur le papier glacé, les jambes s’uniformisent, les cuisses et fesses s’harmonisent jusqu’à effacer toute aspérité.

Certains défilés osent inviter des silhouettes hors du moule, plus size ou atypiques, mais là encore, difficile d’échapper à la retouche ou au maquillage parfait. Lissé, filtré, standardisé : le corps exposé devient le modèle à suivre. Ces images produisent un effet d’entraînement, solidifiant des frontières invisibles dans l’imaginaire collectif. L’apparence lisse s’impose comme condition de « réussite » et toute imperfection tend à disparaître.

Normes de beauté : comment l’industrie de la mode impose ses standards

L’industrie de la mode ne laisse rien au hasard. Les critères sont précis : une taille filiforme (toujours centrée autour du 34-36), un grain de peau irréprochable, et la lumière savamment orchestrée sur chaque centimètre carré. Les agences examinent chaque candidate sous toutes les coutures : aucun détail ne passe sous silence. À force de répétition, cette rigueur a forgé des attentes partagées, qui semblent universelles.

La représentation du corps fin est devenue un point d’ancrage : publicité, défilés, magazines, partout, le même profil domine. Les mannequins n’incarnent plus seulement la mode, ils servent de point de comparaison, alimentant désirs et frustrations. Les réseaux sociaux multiplient cet effet : filtres, retouches en série, angles flatteurs qui participent à la perpétuation d’un idéal hors de portée.

La diversité corporelle tente de s’imposer, mais elle reste largement minoritaire. Les tailles moyennes, pourtant bien plus représentatives de la réalité, brillent par leur absence sur les vitrines, dans les campagnes ou les éditos. Quelques marques s’engagent timidement, mais la pression reste forte : la norme forge le goût, le public relaie, la boucle se répète.

Cette construction modèle notre regard. Le métier de mannequin dépasse la simple présentation de vêtements : il cristallise un ensemble d’attentes, de projections collectives. Derrière chaque cliché lissé, une sélection impitoyable s’est opérée. La quasi-absence de cellulite sur les clichés finalisés n’a rien d’accidentel : elle manifeste la volonté très ordonnée de masquer la réalité.

Cellulite et mannequins : une réalité cadenassée ?

La cellulite concerne la grande majorité des femmes, sans distinction de poids ou de morphologie. Peau d’orange, vergetures, petits plis : tout cela compose leur quotidien. Mais dès qu’une caméra s’invite, les artifices se mettent en place. Un éclairage étudié, des positions choisies, puis arrive la retouche numérique : la promesse d’une peau parfaite prend le pas sur l’authenticité.

Que ce soit à l’occasion d’une campagne mondialement connue, dans un magazine ou lors d’un défilé, le scénario se répète : l’aspérité disparaît. Sur les podiums aussi, la préparation est minutieuse : maquillages corporels, collants spécifiques, huiles pour sublimer la lumière, tout concourt à dissimuler les traces naturelles. Chez les mannequins aux mensurations standards, la consigne demeure stricte : chaque peau exposée subit l’examen attentif des professionnels du secteur, chaque imperfection traquée.

Pourtant, la parole se libère. Sur Instagram, plusieurs jeunes femmes choisissent d’afficher leurs cuisses marbrées, leurs fesses non retouchées. Leur démarche rappelle que vergetures et cellulite sont totalement ordinaires. Ces images brutes brisent l’omerta, mais pèsent peu face à l’avalanche des représentations formatées. Les mannequins dites rondes, qui osent les projecteurs, peinent à s’affranchir pleinement du diktat de l’image contrôlée. L’écart persiste : la réalité du corps s’affiche surtout en coulisses, jamais sur le devant de la scène.

Représentation des mannequins plus size : où en est la diversité corporelle ?

Le mannequinat grande taille tente de s’ancrer dans le paysage, sans avoir encore bousculé l’ordre établi. Les agences cherchent de nouveaux profils, sans masquer leurs rondeurs, cependant la majorité des défilés privilégie encore des silhouettes normées. La taille 36-38 y reste ultra-dominante, et la mode européenne tarde à élargir sincèrement l’éventail des corps montrés.

Certes, certaines marques grand public affichent leur ouverture, proposent des collections pour toutes les silhouettes et réalisent des castings plus larges. Quelques visages émergent et commencent à s’imposer, mais leur présence dans les grandes campagnes reste exceptionnel. Aux Fashion Weeks, les mannequins au-delà du 42 forment une minorité discrète, la réalité témoignant d’une inclusion encore très partielle.

Les campagnes publicitaires jouent parfois la carte de la diversité, mais core le phénomène reste timide et ponctuel. Les mannequins grande taille se retrouvent principalement affectées à des lignes spécialisées, rarement placées au cœur des collections générales. Le mannequinat plus size ne s’est pas métamorphosé en nouvelle règle ; il s’installe en marge, présenté comme l’exception.

Pour donner un aperçu du secteur actuel, quelques tendances méritent d’être relevées :

  • La diversité corporelle s’affirme timidement, la progression étant freinée par les habitudes du marché.
  • Les critères restent globalement resserrés autour de silhouettes calibrées.
  • La visibilité des mannequins grande taille fluctue fortement d’un secteur ou d’un marché à l’autre.

Femme souriante en robe d

Vers une acceptation plus large des corps : repenser la beauté aujourd’hui

Le courant body positive redistribue les cartes et ébranle l’idée de “norme” figée en matière de beauté. Plus besoin de cacher la cellulite, les vergetures, ou même la texture naturelle de la peau : sur les réseaux, des femmes, mannequins ou non, s’exposent sans fard, laissent entrevoir leur vrai corps, bien loin des retouches professionnelles. Cette dynamique, au départ confidentielle, se fraie un chemin jusque dans la publicité grand public. Les marques cherchent à s’en emparer, parfois sincèrement, parfois pour suivre le vent du moment.

Le message véhiculé devient limpide : aucun corps n’est à corriger d’office. Néanmoins, effacer des années de stéréotypes ne se fait pas instantanément. La représentation d’une diversité réelle s’immisce lentement dans les magazines et les vitrines, mais l’écart demeure avec les images standardisées. Les réseaux sociaux jouent un rôle clé : ils accélèrent la libération de la parole et la valorisation de témoignages multiples. Désormais, une génération entière réclame de voir toutes les réalités physiques, sans filtre ni tabou, dans l’espace public.

Sur ce mouvement, plusieurs dynamiques majeures s’affirment :

  • Aujourd’hui, repenser la beauté, c’est accorder à chacun le droit de s’afficher tel qu’il est.
  • La norme évolue : elle ne se contente plus de décréter, elle nuance et élargit l’idée du beau.
  • Le body positive déborde l’univers de la mode : il s’invite dans la vie courante, marque les esprits et influence réellement les mentalités.

Petit à petit, les frontières s’effritent. Les injonctions perdent leur force. Et la beauté, enfin débarrassée des règles implacables, laisse apparaître toutes ses propres variations, singulières et multiples.

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